“« Un grand design ne naît jamais par hasard. L’émotion se construit grâce à l’intention, à la structure et au détail. »

L’atmosphère surréaliste qui enveloppait les RSVP Awards a transformé la soirée en un véritable phénomène social. En quelques heures à peine, les réseaux se sont embrasés : des milliers de photos ont afflué, témoignant de l’émerveillement général.

Le 16 avril, le nouveau hotel The Chancery Rosewood à Londres a servi d’écrin à un moment fort : Tomas De Bruyne y a été sacré Favourite Floral Designer lors du gala des RSVP European, Middle Eastern, Asian & African Awards. Une distinction prestigieuse, d’autant plus symbolique qu’il signait également la scénographie florale de l’événement. Cette soirée fut aussi l’occasion idéale pour dévoiler son nouveau livre, The Art of Design, un ouvrage où il révèle l’architecture invisible qui soutient la beauté florale et en décuple l’émotion.

Pour imaginer la mise en scène de ce gala, Tomas s’est entouré d’une équipe de dix floral designers. Ensemble, ils ont façonné une décoration pensée comme une expérience sensorielle. Et pour cet événement en particulier, l’enjeu était clair : surprendre, renouveler, émerveiller. Le public, élégant et averti, attendait une proposition audacieuse. Il l’a eue.

Les fleuristes sont des communicateurs

Dans une masterclass digitale, Tomas ouvre les coulisses de son processus créatif à ses étudiants‑collaborateurs du programme EMC (European Masterclass Certificate). Il y dévoile ce qui se joue réellement derrière la naissance d’un design : pourquoi les fleurs ne sont jamais une simple décoration, comment chaque choix esthétique devient un acte de communication, comment la couleur façonne l’émotion, comment l’échelle crée l’impact, comment l’asymétrie installe la tension… Autant de principes qui déterminent la force d’une composition florale et sa capacité à laisser une empreinte durable.

Pour Tomas, le design floral est avant tout un langage. On ne crée pas un bel arrangement pour la beauté du geste : on le crée pour dire quelque chose. Et pour cela, il faut savoir — précisément, dès le départ — pourquoi on conçoit un design. Cette intention initiale devient alors le fil conducteur, la boussole qui guide chaque décision et donne cohérence à l’ensemble.

“Les fleurs ne sont pas le message. Elles sont le language qui permet de transmettre l’émotion. ”

La première impression est celle qui dure.

La célèbre maxime « On n’a qu’une seule chance de faire une première impression » est profondément ancrée dans la vision de Tomas De Bruyne. C’est pourquoi il tenait à créer, dès l’entrée dans le lobby, un impact visuel puissant, parfaitement aligné avec le thème surréaliste de la soirée. Il ne s’agissait pas simplement de décorer un lieu, mais de façonner une véritable expérience.

Sur un fond noir intense, un tapis surréaliste décliné en nuances de rouge prenait vie. À l’une de ses extrémités se dressait une création florale spectaculaire : une œuvre monumentale composée de 5 000 roses de jardin. Un décor pensé comme un aimant visuel, une scène idéale où les invités, élégamment parés, pouvaient se laisser capturer par l’objectif et propulser leur présence dans l’univers numérique de l’événement.

“Les gens ne se souviennent que rarement de chaque fleur. Ils se souviennent de l’émotion. 

La couleur, c’est l’émotion à l’état pur

Les couleurs jouent un rôle essentiel : ce sont souvent elles que l’on perçoit en premier. Pourtant, l’enjeu ne réside pas dans la couleur elle‑même, mais dans l’émotion qu’elle déclenche. Quelle sensation éveille‑t‑elle chez ton public ? Quelle atmosphère installe‑t‑elle ? Plus on comprend la psychologie des couleurs, plus on peut les manier avec précision — et créer des expériences qui résonnent profondément.

Quand tout est pensé, tout fait sens.

Un bon design ne se laisse jamais guider par l’émotion du moment. Il naît d’une réflexion approfondie : comprendre le pourquoi, le où, le pour qui, et définir précisément ce qui est nécessaire. Ce n’est qu’après cette analyse qu’un concept peut émerger.

Le design, c’est l’art de construire consciemment — de maîtriser ou de créer la tension. Cela passe par l’usage de la symétrie ou de l’asymétrie, par l’exploitation intelligente des espaces négatifs, par des techniques choisies avec intention, par l’harmonie entre les couleurs florales et les nappages lors des décors de table, par le jeu des hauteurs et des profondeurs, ou encore par la mise en scène lumineuse adéquate. Chaque décision est un outil, chaque détail une pièce du langage visuel.

Le design tient aussi compte de l’architecture du lieu. La salle de bal du Chancery Rosewood Hotel, avec ses plafonds culminant à 7 ou 8 mètres, impose une échelle différente. Ici, seuls de grands arrangements peuvent créer l’impact recherché. Pour un événement, on ne compose pas dans un vase : l’espace devient le contenant.

“Le design ne consiste pas à ajouter, mais à maîtriser l’essentiel.

EMC : pas un cours de fleurs, mais du design thinking.

Ce qui est apparu au grand jour lors des RSVP Awards constitue également le cœur d’EMC, le programme de formation avec lequel Tomas De Bruyne accompagne les fleuristes, étape après étape, dans la maîtrise des principes du design, de la technique et de la communication visuelle. EMC n’est pas un cours de fleurs, mais une manière de penser : une méthodologie qui apprend aux fleuristes à observer, analyser et créer en posant des choix intentionnels.

L’analyse en est l’un des fondements. Les créations existantes — qu’elles soient modestes ou monumentales — tout comme les nouveaux designs réalisés par les étudiants, sont décortiqués. Qu’est‑ce qui fonctionne ? Pourquoi ? Quels principes sont visibles, lesquels manquent ? Comprendre, c’est apprendre à diriger.

Dans le programme de base, l’accent est mis sur la fonctionnalité et sur la dimension décorative d’une création ou d’une installation. Dans la formation avancée, Tomas va plus loin : dynamique, Gestalt, construction de la tension… c’est là que la magie opère. Un bon design ne se regarde pas seulement : il se ressent. L’émotion n’y est pas un supplément, mais un élément essentiel du processus créatif..

IA & Design

“« L’avenir du design ne se joue pas entre l’IA et l’humain, mais dans la vision humaine amplifiée par la technologie. ”

L’intelligence artificielle fait aujourd’hui pleinement partie du processus créatif de Tomas De Bruyne — de la conception à la visualisation, du storytelling à la communication. Non pas comme un substitut à la créativité, mais comme le prolongement d’une intention.

Dans sa vision du design, l’IA occupe une place précise : accélérer la réflexion, rendre les possibilités visibles plus rapidement et traduire des idées complexes de manière claire pour les clients, les équipes et la production. Mais la technologie n’est jamais plus intelligente que la direction qu’on lui donne.

La véritable force ne réside donc pas dans l’IA elle‑même, mais dans la qualité de l’input. Plus l’intention est précise, plus le résultat est puissant. Une bonne prompt n’est pas une instruction technique : c’est une traduction d’émotion, d’atmosphère, de structure, de matière, de lumière, de rythme et de sens.

Pour Tomas, l’IA n’est pas un auteur créatif, mais un outil stratégique au sein du processus de design. L’IA peut générer des motifs, mais elle ne peut pas décider pourquoi quelque chose doit exister. Cette responsabilité reste celle du designer.

C’est pourquoi l’avenir du design ne réside pas dans le remplacement de la créativité humaine, mais dans la collaboration entre technologie et vision humaine, où l’IA apporte la vitesse et le designer la direction, l’émotion et la signification.

“L’IA accélère la visualisation. Le designer, lui, continue de définir la direction, l’émotion et le sens. ”

The Art of Design

Le nouveau livre de Tomas, The Art of Design, n’est pas un simple ouvrage supplémentaire rempli de techniques. C’est la synthèse de plusieurs années de recherche : une traduction visuelle de l’approche EMC, un véritable cadre de pensée pour les designer floral. Avec The Art of Design, il ne se contente pas de rassembler des images d’installations spectaculaires ; il en dévoile surtout les principes qui font leur impact.

Derrière ces décors d’événements impressionnants se cache une vision du design profondément réfléchie : l’émotion n’y naît jamais par hasard, mais de la connaissance, du contrôle, de l’analyse et de l’expérience. C’est peut‑être précisément pour cette raison que le travail de Tomas De Bruyne résonne aujourd’hui avec une telle force sur la scène internationale.

“« Un bon design ne se contente pas d’être vu. Il se ressent.”

photos @Alex Mateiu