À La Haye, 23 champions nationaux se sont réunis pour le défi ultime : la World Cup Floral Art 2025.
Un seul titre officiel était en jeu, mais en réalité, il n’y avait que des gagnants. Chacun de ces fleuristes représentait l’excellence de son pays et apportait sa propre culture, son style et sa vision à la compétition. Le niveau général était extrêmement élevé. Ce qui a suivi fut bien plus qu’un concours : une rencontre entre professionnels, une démonstration de technique et de créativité, et une célébration de la puissance des fleurs à transmettre des émotions et des histoires.

Transparence et dimension internationale

L’évaluation de la World Cup repose sur le système international de notation à 100 points de Florint, l’organisation professionnelle internationale, et organisée en collaboration avec la VBW pour le fleuriste (l’organisation néerlandaise). Cela garantit un cadre transparent et équitable.
Un jury technique (Tracy Tomlinson, Royaume-Uni, présidente du comité technique ; Roxana Barrientos, Amérique latine ; Ferenc Kruzslicz, Hongrie ; Richard Mos, Pays-Bas ; Rain Wang, Chine) veille au respect rigoureux du règlement, tandis qu’un jury artistique international (Thomas Ratschker, Allemagne, président du jury ; Gil Boyard, France ; Dr. Jiří Martinek, République tchèque ; Tiina Räihä, Finlande ; Max van de Sluis, Pays-Bas ; Marios Vallianos, Grèce) évalue les aspects créatifs et techniques floraux.
Dans ces limites, l’enjeu reste de faire preuve d’innovation tout en préservant son style propre. Ceux qui excellent dans cet équilibre méritent le titre de champion du monde.

Une famille d’amis floraux

Bien qu’une telle compétition soit intense, l’ambiance à La Haye fut étonnamment amicale. Beaucoup de candidats se connaissaient déjà grâce à d’autres concours et parlaient d’une sorte de “rencontre familiale des fleurs”. Pendant les pauses, les participants s’encourageaient mutuellement, partageaient leurs observations et soutenaient les prestations des autres.
Le rôle des assistants est également essentiel. Pendant la préparation, ils servent de caisse de résonance, de partenaires d’échange et de soutien. Pendant l’épreuve, ils préparent les tâches, nettoient les fleurs, assurent l’ordre… mais ils encouragent aussi et apportent un soutien moral. La complicité entre candidat et assistant est souvent un facteur décisif.

Champion du monde : Tomasz Max Kuczyński (Pologne)

Le Polonais Tomasz Max Kuczyński s’est distingué par des structures entièrement faites à la main et une signature personnelle claire. La pression était énorme : une grande délégation de supporters polonais avait fait le déplacement à La Haye.

Tomasz Max: « C’était incroyablement stressant. J’ai beaucoup d’élèves et pour eux je suis une sorte de ‘dieu’, je devais tout faire parfaitement et je devais absolument gagner. Bien sûr, je n’étais pas obligé — je savais qu’il y avait beaucoup de candidats très forts et qu’une place dans le top 10 serait déjà une belle performance. »

Avec son assistant Zygmund — lui-même ancien participant aux championnats du monde de Berlin et collaborateur dans leur école — il s’est préparé des mois durant dans leur “laboratoire floral” : une salle de classe fermée où ils testaient de nouveaux matériaux et techniques.

Tomasz Max:« Chaque pétale du vase tulipe est fait main, au total 1300 pièces. Il a fallu beaucoup d’essais et d’erreurs pour trouver les bons matériaux. Le bouquet est également entièrement artisanal, composé de 250 petits cercles et de 120 pétales d’ambre poli. Pour la décoration principale, j’ai acheté un masque, je l’ai découpé et recréé en l’ornant de cristaux… J’ai passé beaucoup de soirées Netflix à coller ces cristaux ! Mais je suis incroyablement heureux du résultat. C’est ma création préférée parce que j’ai réussi à transformer la structure en un vrai design floral où les fleurs jouent le rôle principal. »

Ses étudiants l’avaient aussi entraîné aux épreuves surprises en l’obligeant à travailler avec des objets improbables trouvés à l’école. La joie fut immense lorsque Simon Ogrizek, président de Florint, l’a proclamé champion du monde.

Tomasz Max: « J’ai encore l’impression de rêver. »

Vice-champion : Gábor Nagy (Hongrie)

Le Hongrois Gábor Nagy était l’un des plus jeunes participants, mais il a démontré une grande maturité professionnelle. Né parmi les fleurs dans la boutique de ses parents, il avait d’abord commencé des études de médecine avant de choisir une carrière dans le design floral. Depuis sa première compétition en Hongrie, il y a dix ans, il a bâti un impressionnant palmarès : or à Eurofleurs 2017, argent à l’Europacup 2022… À la World Cup, il s’est particulièrement illustré avec sa décoration principale.

Gabor Nagy: « J’adore réaliser des décorations principales et des body decorations, et j’admire énormément les créations d’Iris van Herpen. »

Le plus grand défi pour lui a été le vase à tulipes : comment donner une interprétation florale contemporaine à un tel icône ?

Gabor Nagy: « Cette création devait répondre à de nombreuses règles : inspirée du vase original, sur trois niveaux… tout en y intégrant mes propres idées. Pour le bouquet, j’ai conçu une structure qui permet d’ajouter facilement des fleurs, puisque nous ne savions pas lesquelles nous allions recevoir. J’ai voulu y inclure mes fleurs préférées, les pissenlits. J’ai découpé des pétales en papier, recouvert la moitié de feuille rose dorée et l’autre moitié de feuille noire — un contraste qui s’accorde avec toutes les couleurs. »

Avec un travail raffiné et techniquement irréprochable, il décroche la deuxième place.

Médaille de bronze : Frédéric Dupré (France)

Pour le monde floral français, le retour de Frédéric Dupré fut un moment marquant. Déjà participant à Berlin, il fut encouragé par ses pairs et par l’association professionnelle française à représenter de nouveau son pays. Il a choisi de s’entourer d’une équipe jeune et dynamique (Benoît Barbin et Dylan Decamps), qui a apporté fraîcheur et idées nouvelles.
L’une des plus grandes difficultés fut la réalisation de structures à l’avance, sans savoir quelles fleurs seraient disponibles par la suite. Ensemble, ils ont créé des pièces surprenantes, qui lui ont valu une troisième place bien méritée.

Fierté pour les designers du Benelux

Parmi les champions nationaux, deux remarquables designers représentaient le Benelux : Franka Roenhorst (Pays-Bas) et Chantal Post (Belgique).
Franka a atteint une phénoménale 5e place, tandis que Chantal a impressionné avec une belle 8e place. Ces résultats vont bien au-delà des chiffres : ils incarnent le courage, le savoir-faire et la puissance des fleurs pour inspirer et relier les gens à travers le monde.

Chris Martens:« À Franka et Chantal : nous sommes incroyablement fiers. Merci d’avoir mis le Benelux en lumière et d’avoir montré au monde ce qui est possible lorsque créativité et détermination se rencontrent. Ce n’est pas la fin du voyage — ce n’est que le début. » 🌸

Franka: « J’ai joué à domicile et c’était bien pratique, car on connaît l’environnement, les producteurs, les produits… D’un autre côté, la pression est un peu plus forte. Les Pays-Bas sont le pays des fleurs et on attend donc beaucoup de toi. Cependant, je n’ai pas laissé cela prendre le dessus et je suis restée moi-même. Le fait d’avoir terminé cinquième est vraiment au-delà de mes attentes. J’en ai rêvé de tout, sauf d’être dans le top cinq !

J’ai énormément bénéficié du soutien de mon assistant Hans, qui est également mon compagnon. Son expérience de la Coupe du Monde à Philadelphie, que j’ai vécue avec lui, m’a beaucoup aidée. Je savais ainsi à peu près à quoi m’attendre. J’ai emporté ce bagage avec moi, mais Hans m’a complètement laissée libre de faire les choses à ma manière.

Et l’avenir ? La boutique à Groningue continue dès demain comme d’habitude… Et j’espère pouvoir répondre oui à chaque demande qui viendra à moi, car en dehors de la boutique j’aimerais poursuivre mon propre chemin. J’ai déjà franchi une très belle étape. Après toutes les interviews avec la presse néerlandaise, je suis déjà un peu devenue la vitrine néerlandaise de l’industrie florale. Être fleuriste est un métier de passion et, si l’on veut y mettre beaucoup d’énergie et d’engagement, on peut vraiment accomplir de belles choses. À l’avenir, j’aimerais aussi partager mon expérience des concours avec de nouveaux participants et voir les choses du côté du conseil ! »

Chantal: « Après le championnat de Belgique fin septembre 2024, j’ai dû directement me remettre au travail pour la Coupe du Monde. C’était tout un défi ! Mais ce fut vraiment une expérience humaine incroyable. Il régnait une super ambiance entre tous les participants.

La partie la plus difficile pour moi a été de créer des structures sans savoir à l’avance quelles fleurs nous allions recevoir pour les intégrer… On a l’impression de ne pas pouvoir raconter pleinement son propre récit. Chaque fleuriste a ses préférences pour certaines fleurs et certains matériaux végétatifs… Pour l’épreuve du bouquet, j’avais préparé trois structures. Je m’étais donc préparée à différentes possibilités. Pour ma structure préférée, je n’ai pas eu les fleurs adéquates. Je la réaliserai donc pleinement lors de Féerie Florale à Alden Biesen.

Pour toutes les épreuves, j’ai en fait réalisé de petites maquettes, que j’ai ensuite discutées avec mon assistant, Alex Segura. Nous faisions ensemble un vrai brainstorming. Alex est vraiment le meilleur assistant que j’aurais pu souhaiter. Pour le bouquet, j’ai aussi suivi une formation avec Elisabeth Schönemann et j’ai rencontré à plusieurs reprises Gregor Lersch. Rien que ces contacts dans la préparation du championnat valent déjà plus que la peine.

J’aimerais encourager tout le monde à participer à des concours. Ils t’aident vraiment à progresser. Dans notre métier, il est important d’être courageux, d’avoir envie d’aller toujours de l’avant, d’apprendre toute sa vie, de se surpasser, de ne jamais se contenter de ce qu’on a déjà atteint… J’adore partager mon expérience et, plus que jamais aujourd’hui, je veux être une ambassadrice de notre art floral ! »

Bien plus qu’un concours

La World Cup Floral Art 2025 fut bien plus qu’une compétition. Les milliers de visiteurs ont pu assister entre les épreuves à des démonstrations inspirantes de l’équipe Floral Fundamentals, avec notamment les créations de Max Hurtaud, Ahti Lyra, Harianto Setiawan, Petra Konrad et l’ancien champion du monde Nicolaus Peters.

La cérémonie de remise des prix fut précédée d’un spectacle floral théâtral inoubliable signé Hanneke Frankema. Sous le thème GROWTH!, elle a retracé son propre parcours dans le monde floral et mis en lumière tous les aspects de la profession : cultivateurs, sélectionneurs, savoir-faire, formation, compétitions, secteur de la distribution et la durabilité.

Les témoignages d’Annemiek Hofland, Chris Martens et Bart Hassam furent particulièrement émouvants. Sept jeunes talents floraux ont également participé, chacun présentant une création originale. Le public a pu découvrir l’intensité des compétitions et leur rôle dans le développement du métier.

Un moment fort fut également la mise en avant de l’innovation durable avec le produit 100 % végétal OASIS® Renewal™ de Smithers-Oasis. L’entreprise, soutien fidèle du secteur depuis des décennies, a reçu une reconnaissance méritée.
Avec une robe spectaculaire ornée de fleurs, portée par une chanteuse, la show Growth a donné à l’événement une dimension festive exceptionnelle.

Hanneke a conclu avec un message puissant :
As florist, we are bound by nature. We shape nature’s dream, reminding people of their deep connection to the world around them.

Le spectacle s’est achevé de manière spectaculaire avec un grand cœur en Craspedia contenant les enveloppes des résultats. L’organisation et les partenaires n’ont rien laissé au hasard et ont uni leurs forces pour porter ensemble cet événement unique.

Plus qu’un titre

La World Cup Floral Art 2025 a de nouveau prouvé la richesse et la diversité du métier floral. C’est une compétition qui combine tension, émotion et précision technique, mais c’est aussi une fête de la rencontre et de l’inspiration. Un fleuriste remporte le titre mondial, mais le véritable gain est bien plus large : une communauté internationale de professionnels qui s’encouragent, s’inspirent et s’élèvent ensemble.
Quiconque a vécu l’événement de près retiendra surtout ceci : le monde floral est petit, mais son cœur bat grand.

@Nico Alsemgeest

Merci à VBW voor de Bloemist, Florint, Smithers-Oasis Benelux, Marginpar, Jodeco Glass, Decorum ainsi que tous les autres partenaires qui ont rendu cet événement possible.